Il y a déjà trois ans, la famille adoptait un bébé chat au pelage écailles de tortue. La petite boule de poil était si mignonne et si adorable qu’il était impossible de résister. « So cute ». dirait-on en anglais. Bah oui, un chaton quoi que sa fasse, c’est toujours mignon. Même quand ça force maladroitement avec les pattes tendues, dans la litière, c’est attendrissant. Moi-même, qui n’aime pas les chats d’ordinaire, j’ai voulu le protéger, lui apprendre des trucs qui pourraient lui servir dans la vie, comme le regard qui apitoie, et qui permet d’obtenir certaines choses : Un bon plat, des câlins, etc…

Je le considère un peu comme mon fils, celui que je ne pourrais pas avoir. Une sorte de transfert affectif inter-espèce..
Mais voilà, en 3 ans, la peluche à bien changé, et est devenue un gros chat pataud casse bonbon (qu’il n’a plus d’ailleurs, merci monsieur le vétérinaire). Et puis madame a insisté pour qu’il se nomme Gaspard. Pas vraiment un roi mage, plutôt un clochard vagabond.
Quand je regarde Gaspard, qui se nettoie les pattes, sur la table de la salle à manger, je me dis qu’il a bien de la chance d’être un chat. Ce félin domestique a réussi l’exploit d’asservir l’homme quand bien même son intelligence semble relativement ridicule. Incapable de comprendre un ordre, de suivre son maître ou de faire le beau.

Et puis cet air, plein de morgue, faussement supérieur. Le chat veut toujours se la jouer « baisse le regard », genre racaille de banlieue. Et il gagne souvent…
Gaspard fait les 3/8 : 8 heures à dormir, 8 heures à faire la sieste, et 8 heures à demander à manger. Un exemple total de lascivité, et même d’oisiveté. Les hommes seraient encore en train de taper des cailloux entre eux s’ils étaient aussi paresseux que les chats.
Les chats, star de l’Internet. Que ce soit en sautant d’une étagère, en caressant de la patte un bébé ou encore en faisant le pitre dans un carton, ils affichent des millions de vues sur les ordinateurs…. Comment peut-on donner autant de reconnaissance à des valeurs aussi peu morales ?
Moi je suis fidèle, obéissant, affectueux, mais me donne-t-on une médaille pour cela ? Non. Je suis protecteur des êtres qui me sont chères, me remercie-t-on ? Non.
La réalité, c’est que je suis jaloux de Gaspard. J’aimerais être un chat. J’aimerais avoir sa vivacité, sa légèreté, son pas souple et sa griffe habile. Je l’envie quand je le vois bondir d’une chaise à un meuble sans se vautrer, glisser, tomber sur le derrière comme cela m’arriverait si je tentais.
Je l’imagine au soleil couchant, sauter par la fenêtre, et se retrouver dehors, dans le jardin, prêt à passer la nuit à courir et parcourir ce monde comme ça le chante.
Il est libre contrairement à ma condition. Je passe le plus clair de mon temps à regarder dehors la face collée à la fenêtre, en attendant ma famille. Ils rentrent souvent tard, et quand ils sont enfin là, ma prostate soupir de soulagement. Je devrais leur en vouloir, mais je ne peux pas, je les aime, c’est ainsi.

Et puis, quel plaisir d’entendre la porte s’ouvrir et de voir ma maîtresse. Ma queue se dresse et bouge de tous les côtés en attendant ses caresses !
Pour rien au monde je n’échangerais ma vie de chien contre celle de Gaspard !